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Pour répondre aux fortes attentes d’une société en mutation, pour assurer les conditions d’une croissance durable dans un environnement très concurrentiel, pour défendre et adapter un modèle social, socle du pacte républicain et possible rempart contre les conséquences de la crise financière mondiale, les organisations publiques se doivent d’être performantes. Les équipes Secteur Public d'EY ont pour ambition d’accompagner les administrations vers davantage d’efficacité, de performance et de transparence.

8 min

Sondage exclusif : pour 6 Français sur 10, les pouvoirs publics ne soutiennent pas assez l’innovation

À peine 8 % des personnes interrogées citent en premier l’État ou les collectivités territoriales comme acteurs qui soutiennent le plus l’innovation en France, loin derrière les entreprises et l’université, selon l’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques réalisée par l’Ifop.

En matière de soutien à l’innovation, les Français constatent aujourd’hui une carence de l’action publique. De fait, c’est sur le secteur privé qu’ils comptent principalement pour soutenir et renforcer l’innovation dans notre pays, selon l’enquête Acteurs publics/EY pour l’Observatoire des politiques publiques ­réalisée par l’Ifop.

La majorité des Français considère aujourd’hui que les pouvoirs publics ne soutiennent pas assez l’innovation en France (58 %), seuls 8 % estimant qu’ils en font “trop” en la matière et 34 % qu’ils agissent comme il faut. À cet égard, ce sont les cadres et professions intellectuelles supérieures qui se montrent les plus sévères : les deux tiers d’entre eux (66 %) considèrent que les pouvoirs publics n’en font pas assez, alors que les jeunes apparaissent quant à eux comme les plus cléments (43 % des 18-24 ans estiment que les institutions agissent suffisamment).

Prime aux initiatives privées

Interrogés sur les deux acteurs qui, selon eux, soutiennent le plus l’innovation en France, les interviewés citent avant tout les grandes entreprises (43 %), largement devant les PME (32 %). Les universités et les grandes écoles, premières représentantes du secteur public dans ce classement, ne se hissent qu’à la troisième place avec 25 % de citations, devant les collectivités territoriales. L’État lui-même n’est jugé moteur de l’innovation que par 16 % des Français, au même niveau que les banques (15 %).

Enfin, élément important : plus d’un Français sur 5 estime qu’aucun de ces acteurs ne soutient l’innovation en France ! Ce chiffre constitue un avertissement adressé aux pouvoirs publics et à tous les acteurs de l’économie nationale : une partie importante de l’opinion les suspecte de laisser en friche le domaine de l’innovation.

Parmi différents moyens proposés pour renforcer l’innovation dans notre pays, les Français privilégient la réduction des impôts et des taxes des entreprises innovantes (38 %). Le fléchage des dépenses apparaît aussi comme un recours : 36 % optent en faveur d’une orientation des fonds de la formation professionnelle vers des formations aux métiers innovants, 32 % pour l’orientation de la recherche publique sur des débouchés économiques innovants. Outre une intégration accrue de la culture entrepreneuriale dans les programmes dès le lycée (27 %) et la création d’outils pour accompagner le développement des start-up dans les villes moyennes (23 %), l’idée d’un livret d’épargne proposé au grand public et qui investirait dans des entreprises innovantes recueille l’approbation d’un Français sur 5 (19 %).

Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop

L’enquête réalisée par l’Ifop a été menée par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 12 février 2020 auprès d’un échantillon de 1 001 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas.

Accélérer la politique d’innovation pour soutenir la croissance française

Le soutien à l’innovation a toujours été au cœur des préoccupations publiques françaises depuis la fin des années 1990. Massivement financée par le crédit d’impôt recherche (74,2 %), elle représente 10 milliards d’euros de financement public. Les collectivités territoriales, avec 816 millions d’euros, représentent 8,4 % de l’ensemble, aux deux tiers grâce aux régions. Avec 4,5 % du total, les financements européens constituent une source complémentaire limitée mais très ciblée du soutien à l’innovation.

L’innovation soutient la croissance française mais de manière déséquilibrée

En 2019, la French Tech a levé plus de 5 milliards d’euros en France, soit une hausse de 39 % en valeur par rapport à 2018 (Baromètre du capital-risque en France, EY, 2019). Dans le même temps, des déséquilibres territoriaux importants s’accroissent. Au niveau géographique, l’Île-de-France reste incontestablement la région leader de l’innovation avec des start-up ayant capté 70 % des montants levés, laissant loin derrière la région Auvergne-Rhône-Alpes (8 %). Ces ­clivages démontrent la tendance à une concentration de richesses sur les “hubs technologiques” qui ne reflète pas qu’un déséquilibre entre des régions, mais aussi une fuite des métropoles, qui sont de moins en moins accessibles pour les gens les moins fortunés.

La France a besoin d’accélérer son investissement dans les technologies de pointe pour être compétitive à l’échelle mondiale. Le territoire national comptabilise plus d’un quart des start-up “deep tech” en Europe, avec un potentiel important grâce à son vivier de talents et de centres de recherche dynamiques. Néanmoins, elle attire peu d’investissements : si 13 % des deep tech en photonique et électronique sont françaises, elles ne reçoivent que 5 % des investissements. Le financement en amorçage reste un point critique pour les entrepreneurs avant de pouvoir prétendre à lever des fonds auprès des investisseurs.

Souvent, les régions affirment un positionnement plus en aval pour soutenir l’industrialisation des innovations et l’accès à de nouveaux marchés. La réalité des financements octroyés montre un biais de financement encore trop en amont. Or, plus que des subventions, les entreprises innovantes attendent des débouchés et la commande publique, qui représente plus de 100 milliards d’euros en 2018, constitue une opportunité. L’État a beaucoup œuvré pour simplifier les procédures et créer des outils d’expérimentation qui, juridiquement, permettent de stimuler l’innovation.

Bien que la population soit de plus en plus formée au numérique, la transformation digitale n’est pas encore mature. Aujourd’hui, l’emploi dans le secteur numérique représente 3 % de l’emploi en France, soit 840 000 salariés, avec 40 % de ces postes situés dans la région parisienne. La croissance de l’intelligence artificielle, la robotisation et la réalité virtuelle s’invitent dans tous les domaines d’activité, transformant des métiers et en créant de nouveaux. Par conséquent, il existe un fort besoin de renforcer les programmes de formation au numérique pour que les entreprises innovantes trouvent les compétences nécessaires à leur développement rapide.

Cinq leviers à activer pour accélérer la politique d’innovation

Entre le Programme d’investissements d’avenir (PIA), les approches “Territoires d’innovation grandes ambitions” (Tiga) et la mise en place du Conseil national de l’investissement (CNI), la politique française en matière de soutien à l’innovation s’est accélérée, mais peut aller encore plus loin, notamment sur l’innovation écologique et énergétique. L’Agenda 2030 pour “transformer les modèles de sociétés par la sobriété carbone et l’économie des ressources naturelles” et la Stratégie nationale bas carbone pour que la France soit “zéro carbone” d’ici 2050 donnent le cap, mais doivent être relayés pour promouvoir l’innovation et la transition écologique simultanément. En 2018, plus de 50 % des propriétaires d’actifs mondiaux prennent en considération les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise (“ESG”) dans leur stratégie d’investissement. Il est dans l’intérêt du gouvernement de développer des outils et modalités de financement pour que les secteurs économiques incorporent une politique verte, même si cela implique des coûts d’amorçage supplémentaires. 

Réconcilier l’investissement et l’épargne populaire avec le monde de l’entreprise via le soutien à l’innovation constitue un levier de la compétitivité et d’avancées majeures dans le domaine de la santé et des énergies non polluantes. Des mesures fiscales plafonnées destinées aux particuliers pour favoriser l’investissement dans des fonds communs de placement pour l’innovation (FCPI) présentent des performances limitées et suggèrent la mise en place de nouveaux dispositifs. Favoriser les investissements de business angels dans les entreprises dotées du label FCPI (label accordé par BPIFrance), au moyen de fonds d’abondements pour collecter cette épargne moyennant une réduction d’impôt de 25 % ou même de 75 %, peut permettre de changer la donne. 

Les liens entre la recherche publique et la recherche privée peuvent être renforcés, à l’instar de ce qui se pratique dans d’autres pays, en intégrant par exemple des profils entrepreneuriaux ou des programmes “entrepreneurs en résidence” au sein des laboratoires pour accompagner les chercheurs dans le processus de transfert de technologies et de création d’entreprise. Il conviendrait également d’assurer des moyens financiers plus conséquents pour financer la maturation (jusqu’à 300 000 euros) des projets et financer des fonds d’amorçage en co-investissements avec des fonds de venture capital et/ou des industriels, comme cela est pratiqué dans les centres de recherche et d’enseignement américains et britanniques.

Le gouvernement a publié un guide d’achat public en mai 2019 pour encourager la diffusion de l’innovation. L’objectif était de voir 2 % d’achats attribués aux PME innovantes par l’État et ses opérateurs à l’horizon 2020, mais il convient, à présent, de pousser cette cible plus loin. Un objectif mesuré et contrôlé de 20 % de la commande publique pertinente fléchée vers des entreprises innovantes ou des projets et ­dispositifs innovants permettrait de soutenir cette dynamique.

Un dernier levier pour renouveler la politique d’innovation est le besoin de réorienter les formations vers les métiers de demain. Il faut rénover certains programmes d’enseignement dès le lycée, en même temps qu’une orientation des fonds de la formation professionnelle vers des formations aux métiers innovants. L’“ed tech” (utilisation des nouvelles technologies pour faciliter l’enseignement et l’apprentissage) peut être un outil pour cela. Aujourd’hui, l’usage de ces formats est limité. Il faudrait, donc, les rendre plus accessibles pour les collaborateurs et les personnes qui cherchent du travail en les aidant à mieux s’armer pour l’avenir, en mobilisant les crédits du Plan d’investissement dans les compétences (PIC) pour orienter les personnes en reconversion vers les métiers d’avenir.

Pierre-Aymeric Dewez, associé EY, “Financement de projet” (pierre-aymeric.dewez@fr.ey.com)
Philippe Grand, associé EY, “Innovation” (philippe.grand@fr.ey.com)  

SMART RÉGIONS : UN CONCEPT EN PLEIN DÉVELOPPEMENT
Le terme “smart city” définit une ville intelligente, adaptative et efficace via une utilisation efficiente des nouvelles technologies connectant objets et services entre eux. Le projet “Smart région” initié en 2017 reprend cette idée, mais pour, cette fois, l’appliquer à une région entière, l’Île-de-France.
Ce programme a déjà actionné plusieurs leviers depuis son lancement. Le déploiement du très haut débit a permis aux Franciliens de se connecter même dans les endroits les plus à l’écart de la capitale. Les “mardis de la Smart région” ont permis d’organiser la rencontre entre fournisseurs de solutions innovantes et acteurs publics sur les thématiques prioritaires de la région (mobilité, habitat, sécurité, solidarité, tourisme, etc.). La région a également investi dans le développement des tiers-lieux.
Pour poursuivre son développement, la Smart région s’appuie sur un développement de la “Smart Plateforme 2030” via la création d’un “jumeau numérique”, recueillant et partageant toutes les données publiques de la région en vue d’implémenter 4 principaux services à valeur ajoutée pour les citoyens. Les tiers-lieux deviennent de réelles marketplaces mettant en relation les porteurs de projets et les propriétaires de locaux. Un cadastre solaire rend possible la visualisation du potentiel solaire pour chaque espace exposé. Est prévu aussi un espace d’animation autour des données géographiques de référence. Enfin, le suivi et l’optimisation des zones d’activité permettront de planifier efficacement le développement économique du territoire.

MANAGEMENT DE L’INNOVATION SUR LES TERRITOIRES : LE MODÈLE DES START-UP STUDIOS
Depuis une vingtaine d’années, les initiatives foisonnent pour initier, développer et accélérer les écosystèmes d’innovation – incubateurs, sociétés d’accélération du transfert de technologies (Satt), plates-formes technologiques et autres tiers-lieux –, mais peinent à trouver un modèle économique viable. Guidées par une logique d’offres, celles-ci ne suffisent pas à faire émerger et concrétiser des solutions pérennes, locales et réplicables en réponse aux problématiques complexes des territoires – notamment dès lors qu’ils sont périurbains, ruraux ou ultramarins. 
Les “start-up studios” se différencient des initiatives : ils interviennent dès l’idéation (sélection, élaboration des business models innovants) jusqu’à l’exécution des projets, en passant par l’accompagnement de leur structuration juridico-financière et la participation aux tours de table financiers. Ainsi, ils offrent un nouveau modèle intégré, susceptible d’apporter des réponses au principal défi des territoires : la génération, la structuration et le financement des projets territoriaux. 
Ces expérimentations sur la création de “studios territoriaux”, en cours en France et à l’étranger, soulèvent 3 enjeux clés : le nécessaire ancrage des studios dans leurs écosystèmes locaux ; l’adaptation du modèle et des méthodes de ces derniers aux caractéristiques des projets de territoires, hybrides, publics-privés, de taille limitée ; la pérennité du modèle économique global de ces studios revisités, passant sans doute par la valorisation des impacts extrafinanciers induits sur les territoires.

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