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“La communication est un moyen de légitimation du gouvernement, de l’autorité, du pouvoir”

Dans un travail de recherche sur la communication gouvernementale, Ilona Coppens, Jeanne Guillermic et Inès Saheb, étudiants en science politique à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, s’interrogent sur le processus de transmission de l’information issue du gouvernement. En démocratie, la question de la représentation est au cœur des débats, écrivent-ils. Acteurs publics publie un “morceau choisi”.

La dimension symbolique de la communication gouvernementale impose des normes, valeurs et représentation légitimant le pouvoir exécutif et ses représentants. La communication gouvernementale implique un travail de mise en scène mettant en lumière les symboles de la nation, afin de légitimer les représentants et leur discours. L’intervention de membres de gouvernement ou du président de la République dans l’espace public requiert une préparation du discours. En effet, le représentant en le prononçant devient porteur des valeurs, normes et principes républicains et démocratiques, et adopte un vocabulaire particulier. La référence à ces caractéristiques de la nation légitime l’autorité du gouvernement.
Dans ses discours concernant le Covid-19 et la crise sanitaire, Emmanuel Macron rappelle les valeurs françaises qui unissent le pays : “solidarité”, “bienveillance”, “altruisme”, “fraternité”. Le gouvernement doit incarner ces valeurs et principes dans chacun de ses discours officiels adressés à la population. À cela s’ajoute la mise en scène de symboles, de rites, de lieux, dans la représentation gouvernementale pour appuyer cette politique de la présence. Lors des interventions télévisées d’Emmanuel Macron à l’Élysée, il est possible d’observer à l’arrière-plan le tableau Liberté, Égalité, Fraternité du street-artiste Shepard Fairey. Une Marianne modernisée, les couleurs du drapeau et la devise française y sont représentées. Aussi, la liberté d’expression est illustrée par les pinceaux. Encore, certaines pratiques sont valorisées et s’inscrivent dans les discours, telles que la sacralisation du vote incitant les individus à répondre de leur devoir citoyen et/ou de profiter de ce droit. De ce fait, l’imposition de valeurs et de symboles démocratiques et républicains lors de l’apparition de représentants du gouvernement légitime leur pouvoir et leur autorité.

La communication gouvernementale pour légitimer les actions du gouvernement. L’un des enjeux principaux des membres de l’exécutif est de légitimer leur place au pouvoir et leurs politiques tout au long du mandat. Chacun doit alors participer à valoriser ce gouvernement pour le justifier devant les citoyens. Ainsi, le gouvernement doit être capable de déployer des politiques efficaces et doit assurer une capacité d’action nécessaire en cas de situation critique. La reconnaissance et la bonne considération d’un gouvernement digne de ce nom reposent sur ces moyens d’action et sur une organisation efficace en faveur de l’intérêt général. Suite aux attentats du 13 novembre 2015 en France, le gouvernement a dû faire preuve d’organisation et de contrôle pour démontrer sa capacité d’action et se rendre légitime à protéger sa population. Nombreux sont les membres du gouvernement intervenus dans l’espace public pour communiquer avec les citoyens : “C’est l’ensemble des forces de sécurité du pays qui sont en alerte maximale. Tous les policiers, les gendarmes, des sapeurs-pompiers, les militaires sont engagés pour neutraliser les terroristes et assurer la protection des Français”, a déclaré le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Cette réaction rapide et de grande ampleur confirme la capacité d’intervention et d’action du gouvernement. L’enjeu est donc de trouver une solution pour chaque situation critique. L’efficacité et la légitimité du gouvernement devant la population invitent à la reconnaissance de la bonne gestion gouvernementale et étatique, et assurent le maintien de l’ordre.

L’intervention de représentants dans l’espace public est requise en cas de situations critiques, de décisions inattendues ou de choix en désaccord avec le peuple.

Des représentants au contact des citoyens : informer pour mieux gouverner dans une démocratie représentative. En démocratie, la question de la représentation est au cœur des débats et est un principe fragile exigé des citoyens. La démocratie représentative consiste en la délégation des pouvoirs politique et de direction de la nation aux élus. Cette procuration des pouvoirs instaure alors une relation de confiance entre les représentants et le peuple. De ce fait, les élus et les nommés à la tête de l’État se doivent de répondre au devoir de représentation (directe ou indirecte) et de respecter les programmes et promesses présentés lors des campagnes électorales. Cette organisation démocratique impose une interaction régulière entre les deux partenaires : le gouvernement doit rendre compte de ses actions et doit informer le peuple de tout changement. Ainsi, la communication gouvernementale est un moyen de légitimer la démocratie représentative.
En avril 2018, l’armée française est intervenue en Syrie sur la décision du Président Macron, sans l’accord officiel de l’ONU. Le chef d’État français a dû rendre des comptes aux Français en intervenant dans l’espace public pour justifier cette action : “L’intervention [en Syrie] s’inscrit donc dans un cadre légitime.” Il ne s’agit en aucun cas “d’une attaque envers le régime syrien (…), mais d’une frappe consécutive aux preuves obtenues sur le terrain que des armes chimiques avaient été utilisées contre la population civile”. Ainsi, les médias ont un rôle d’intermédiaires qui relatent les décisions prises par le gouvernement. L’intervention de représentants dans l’espace public est requise en cas de situations critiques, de décisions inattendues ou de choix en désaccord avec le peuple. La communication gouvernementale participe alors activement à la légitimation de la démocratie, et ce du fait d’un régime représentatif.

La mobilisation des citoyens dans la sphère politique : le modèle de démocratie participative. La démocratie représentative est un pilier du système politique français. Afin de mobiliser les citoyens et de les inciter à prendre part aux décisions politiques du pays, le gouvernement les invite à communiquer au sein de l’espace public. Ces tentatives peu fréquentes, mais bien présentes se présentent sous la forme d’avis populaires ou de débats autour de décisions gouvernementales. Le gouvernement donne aux citoyens la parole et l’opportunité de participer activement aux prises de décisions politiques, économiques, sociales et culturelles concernant le pays. Différents moyens de communication sont alors mis en place, tels que des discussions, des débats, des plates-formes de consultation populaire, des référendums… En 2019, l’État français doit réagir aux revendications des “Gilets jaunes”. Pour entendre explicitement l’ensemble de leurs revendications, le gouvernement met en place le grand débat national à différentes échelles locales, régionales… ainsi que des porte-parole pour lui présenter les revendications. D’une part, cette démarche démocratique octroie au peuple le droit de s’exprimer, d’être entendu et de participer. D’autre part, le gouvernement utilise son droit de consultation populaire pour orienter sa politique et tenir compte de l’avis des citoyens, à l’image du principe démocratique. Ainsi, cet échange direct révèle l’importance de la communication gouvernementale et populaire favorable à une démocratie participative. 

Lire l’étude complète, publiée sur le site de recherche La nouvelle chronique

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